En bref
Compositeur viennois prodige, il a transformé la musique romantique par ses chants d’un lyrisme unique et ses œuvres de chambre d’une intimité saisissante, malgré une vie étonnamment brève.
Sujets de conversation
Parcours de vie
Il naît de l’instituteur Franz Theodor Schubert et d’Elizabeth Vietz à Himmelpfortgrund, alors aux abords de Vienne. La pratique musicale au foyer et l’environnement scolaire créé par son père nourrissent très tôt son talent dans une capitale des Habsbourg en pleine mutation.
Son père lui enseigne les bases du violon, tandis que son frère Ignaz l’initie au piano dans la maison familiale. Ces leçons pratiques, liées aux routines de l’église et de l’école, révèlent rapidement une oreille exceptionnelle et une grande aisance mélodique.
Il obtient une place au Stadtkonvikt et chante comme enfant de chœur à la Chapelle impériale. L’institution lui offre une formation musicale rigoureuse et l’accès au répertoire orchestral, qui façonnent durablement son sens des couleurs et des formes.
Il étudie le contrepoint et l’écriture vocale auprès d’Antonio Salieri, pédagogue viennois de premier plan. L’insistance de Salieri sur la clarté et la mise en musique du texte renforce sa technique, tandis qu’il assimile les modèles classiques diffusés dans les théâtres et salons de Vienne.
Au moment de la mue, il quitte le Stadtkonvikt et rentre chez lui, composant avec une urgence nouvelle. Les œuvres de cette période montrent un adolescent qui éprouve les formes symphoniques et de chambre, sur fond de contrecoups de l’époque napoléonienne dans la ville.
Sur un texte de Goethe, il compose «Gretchen au rouet», utilisant le piano pour figurer la roue qui tourne et l’agitation de l’héroïne. Le lied annonce un style dramatique nouveau qui impressionne ses amis et élargit ses ambitions artistiques.
Il enseigne dans l’école de son père, emploi qu’il trouve contraignant, mais compose avec une fécondité remarquable pendant ses heures libres. En 1815, il écrit un nombre extraordinaire de lieder, expérimentant la forme, l’harmonie et le rythme narratif.
Il démissionne de ses fonctions scolaires et dépend de ses amis pour le logement et les introductions. Il resserre ses liens avec Franz von Schober et d’autres jeunes intellectuels, formant un réseau solidaire qui soutient les exécutions et l’échange de manuscrits.
Des soirées privées mêlant chant, poésie et conversation se développent autour de son cercle, plus tard appelées «Schubertiades». Ces salons constituent une scène pratique pour ses nouveaux lieder, où chanteurs et pianistes déchiffrent des manuscrits récents dans l’intimité des appartements viennois.
Il passe les étés comme précepteur de musique auprès des filles du comte Johann Karl Esterházy, un poste qui lui apporte des revenus et un répit. L’environnement rural et la pratique musicale d’amateurs influencent des œuvres plus légères tout en le maintenant lié aux traditions de patronage aristocratique.
Des voyages avec des amis vers Steyr et la région du Salzkammergut élargissent son horizon au-delà de Vienne. Les rencontres avec des musiciens locaux et les paysages inspirants nourrissent des œuvres de chambre, dont des pièces liées à la tradition qui mènera plus tard au Quintette «La Truite».
Il compose deux mouvements complets de la Symphonie en si mineur, dont la tension lyrique et les couleurs orchestrales paraissent d’une nouveauté frappante. L’œuvre demeure inachevée, reflet de projets changeants et de l’économie précaire d’un compositeur viennois indépendant.
Sur des poèmes de Wilhelm Müller, il achève «La Belle Meunière», construisant un récit unifié d’amour et de désespoir. Le rythme psychologique du cycle et ses images pianistiques en font une pierre angulaire du lied romantique.
Durant une période de maladie et d’incertitude, il compose une musique de chambre intense, notamment le Quatuor à cordes en ré mineur «La Jeune Fille et la Mort». L’œuvre transforme son lied antérieur en une série de variations austère, affrontant la mortalité avec une clarté implacable.
Il voyage avec le baryton Johann Michael Vogl, présentant ses lieder à des publics provinciaux enthousiastes. La tournée renforce sa confiance comme compositeur de lieder et étend sa réputation au-delà des cercles artistiques restreints de Vienne.
Il met en musique les poèmes de Müller dans «Voyage d’hiver», poussant l’harmonie et le récit à des extrêmes troublants. Ses amis sont frappés par la désolation de l’œuvre, mais sa voix nue et son unité structurelle en font une déclaration majeure de l’introspection romantique tardive.
En mars 1828, il présente un concert public mettant en avant ses compositions, obtenant l’estime de la critique et des revenus bienvenus. L’événement marque un rare moment de reconnaissance professionnelle dans un marché musical viennois très concurrentiel, dominé par des éditeurs établis.
Au cours de ses derniers mois, il écrit des œuvres d’une ampleur exceptionnelle, dont le Quintette à cordes en do majeur avec deux violoncelles. Ces pages tardives unissent une architecture expansive à un lyrisme intime, annonçant des voies que la musique romantique explorera bientôt.
Il meurt en novembre 1828 après une grave maladie, souvent associée à la fièvre typhoïde, interrompant une carrière d’une fécondité extraordinaire. Il est enterré au cimetière de Währing près de Ludwig van Beethoven, placement symbolique qui honore sa filiation artistique à Vienne.
