En bref
Satiriste brillamment singulier, il a mis à nu les absurdités de la Russie impériale par un humour grotesque, une prose lyrique et un réalisme hanté.
Sujets de conversation
Parcours de vie
Né à Sorotchyntsi dans le gouvernement de Poltava, alors dans l’Empire russe, de Mariya et Vasyl Gogol-Yanovsky. Son père écrivait des comédies en ukrainien pour un théâtre amateur local, ce qui a façonné son goût pour la satire et le folklore.
Il commence ses études au Gymnase des hautes sciences de Nijyn, un pensionnat prestigieux qui l’ouvre à la littérature européenne et au théâtre classique. Ses camarades se souviennent de son sens aigu de l’imitation et de ses premiers essais de sketches comiques et de jeu scénique.
Après avoir terminé ses études à Nijyn, il s’installe à Saint-Pétersbourg pour tenter une carrière dans l’administration et obtenir une reconnaissance littéraire. La pauvreté, la bureaucratie et l’obsession de l’ascension sociale de la ville deviennent la matière brute des futurs « Récits de Pétersbourg ».
Il publie à compte d’auteur le poème romantique « Hans Kuchelgarten » sous le pseudonyme de V. Alov, espérant débuter comme poète. Les critiques sévères de la presse pétersbourgeoise le brisent, et il aurait racheté des exemplaires pour les détruire.
Des nouvelles inspirées de la vie ukrainienne et du folklore paraissent dans des périodiques influents, attirant l’attention par leur langue vivante et leur énergie comique. Ces textes lui ouvrent les cercles littéraires et l’orientent vers la prose plutôt que la poésie.
Il est présenté à Alexandre Pouchkine, dont l’encouragement et les idées deviennent décisifs pour sa carrière. Grâce aux salons et aux éditeurs, Gogol accède aux réseaux culturels de la capitale et commence à concevoir des projets satiriques plus ambitieux.
Le recueil en deux volumes « Soirées du hameau près de Dikanka » l’impose comme une voix nouvelle majeure, mêlant folklore, horreur et narration comique. Les lecteurs louent sa couleur provinciale, et les critiques y voient une nouvelle manière de raconter en Russie.
Il accepte un poste de maître de conférences d’histoire à l’université de Saint-Pétersbourg, en partie pour assurer des revenus et un statut. L’enseignement convient mal à son tempérament et ses cours paraissent inégaux, mais l’expérience nourrit son intérêt pour le récit national.
Il publie « Mirgorod », qui comprend notamment « Tarass Boulba », et étend ses thèmes de la comédie pastorale à des conflits plus sombres, historiques et moraux. Le recueil révèle une maîtrise stylistique accrue et une préoccupation grandissante pour la violence et la fatalité.
Sa comédie « Le Revizor » est créée sous un fort intérêt officiel et une grande excitation du public, tournant en dérision les pots-de-vin et la panique des fonctionnaires de province. Le tumulte et les rumeurs sur ses cibles le poussent à quitter la Russie peu après.
Il voyage en Allemagne et en Suisse, puis s’installe longuement en Italie, cherchant à s’éloigner des intrigues et des critiques pétersbourgeoises. À l’étranger, il rédige des sections majeures des « Âmes mortes » tout en observant la culture européenne avec un regard russe.
Il publie la première partie des « Âmes mortes », épopée satirique des propriétaires fonciers et du servage, nourrie d’idées d’abord discutées avec Pouchkine. À la même période paraît « Le Manteau », qui fait de la misère d’un petit employé un mythe fondateur de la vie pétersbourgeoise.
À Rome et dans d’autres villes, il lutte contre l’angoisse, la maladie et des scrupules sur la finalité morale de la littérature, réécrivant sans cesse la deuxième partie des « Âmes mortes ». Ses conseillers spirituels et ses élans ascétiques l’éloignent progressivement de la satire au profit du prêche.
Il publie les « Passages choisis de la correspondance avec des amis », appelant à une réforme morale et paraissant favorable à l’autocratie et à la hiérarchie sociale. Des critiques comme Vissarion Belinski dénoncent l’ouvrage comme réactionnaire, retournant contre lui une partie de ses admirateurs.
En quête de renouveau spirituel, il se rend en pèlerin à Jérusalem durant une période de dévotion religieuse intense. Le voyage n’apaise pas son tourment intérieur, et il revient toujours insatisfait de son écriture et inquiet pour son salut.
Sous une tension émotionnelle extrême et l’influence d’une direction spirituelle stricte, il détruit une grande partie du manuscrit de la deuxième partie des « Âmes mortes », fruit de longues années de travail. Ses amis sont stupéfaits par ce geste, symbole de son conflit entre talent artistique et perfectionnisme moral.
Il meurt à Moscou après une période de maladie et de jeûne volontaire qui inquiète son entourage, notamment des médecins et des amis écrivains. Sa mort scelle sa légende de génie tourmenté, et il est enterré au monastère Danilov sous l’attention du public.
