En bref
Hôte infatigable des Lumières et polémiste athée, il a aiguisé le matérialisme en une critique audacieuse de l’Église et de la monarchie.
Sujets de conversation
Parcours de vie
Paul-Henri Thiry naît près d’Edesheim, dans l’électorat du Palatinat, au sein du Saint-Empire romain germanique. Orphelin très jeune, il est ensuite soutenu par un oncle fortuné, ce qui lui ouvre l’accès à une éducation d’élite et aux voyages.
Encore enfant, il est conduit à Paris, où il découvre la langue, les manières et les institutions de l’élite française. Le contact précoce avec les salons et les libraires l’oriente vers la philosophie plutôt que vers le commerce ou le droit.
Il étudie à l’université de Leyde, dans la République des Provinces-Unies, haut lieu d’une imprimerie tolérante et d’arguments hétérodoxes. Le climat de discussion et l’accès à des ouvrages interdits y renforcent son scepticisme envers l’autorité cléricale.
De retour à Paris, il noue des amitiés avec des écrivains, des savants et des éditeurs des cercles des Lumières. Sa fortune et sa maîtrise des langues en font un collaborateur précieux, notamment pour traduire et faire circuler des textes étrangers.
Il officialise sa position en France et se présente de plus en plus comme un homme de lettres français. Ce statut l’aide à recevoir des invités de premier plan tout en composant avec la censure et la surveillance de la police parisienne.
Par Denis Diderot et des auteurs alliés, il se lie étroitement au milieu intellectuel de l’Encyclopédie. Il soutient les recherches, partage des livres et offre un lieu de rencontre discret lorsque la controverse menace la publication.
À la suite d’héritages familiaux, il prend le titre de baron d’Holbach, ce qui accroît sa portée sociale à Paris. Les revenus de la baronnie financent livres, dîners et un mécénat constant qui soutient des auteurs radicaux en des temps risqués.
Il instaure des réunions régulières dans sa maison de la Rue Royale, où l’on débat de science, de politique et de religion autour de longs dîners. Parmi les habitués figurent Diderot, Claude Adrien Helvétius et des voyageurs étrangers en quête du Paris des Lumières.
Il traduit et promeut des ouvrages de chimie, de minéralogie et d’économie politique, aidant les idées à franchir les barrières linguistiques de l’Europe. En se servant de la traduction comme couverture intellectuelle, il peut avancer des thèses controversées sans attribution directe.
Il commence à publier des critiques plus incisives du christianisme et de l’Église, souvent anonymement ou sous de fausses adresses d’édition. La censure française rendant la paternité ouverte dangereuse, les pseudonymes protègent à la fois l’auteur et les imprimeurs contre les poursuites.
Dans « Le Christianisme dévoilé », il présente la religion révélée comme une invention humaine entretenue par la peur et la politique. L’ouvrage circule dans des réseaux clandestins, alimentant l’argument des Lumières radicales selon lequel la superstition rend possible la tyrannie.
Il publie « Système de la nature » sous le nom de Jean-Baptiste de Mirabaud, décrivant un univers entièrement naturaliste, sans Dieu ni âmes. L’ouvrage est condamné et brûlé, mais devient un jalon majeur de la philosophie athée des Lumières.
Dans des écrits de prolongement, il soutient que le comportement humain obéit à des lois causales et que la réforme morale doit s’appuyer sur l’éducation et les institutions. Il vise les prêtres et les censeurs comme des acteurs politiques, et non de simples adversaires théologiques.
Son salon attire des diplomates et des voyageurs venus de Grande-Bretagne, d’Allemagne et des Provinces-Unies, qui rapportent chez eux des échos du libre-pensée parisien. En alliant hospitalité et rigueur intellectuelle, il fait de la conversation un instrument d’influence européenne.
Il rédige des ouvrages décrivant la monarchie et la noblesse comme des hiérarchies artificielles entretenues par l’ignorance et la caution religieuse. Sans être aussi programmatiques que les révolutionnaires ultérieurs, ses arguments fournissent un vocabulaire à la réforme antiféodale.
À mesure que les controverses s’accumulent, il reste prudent sur l’attribution tout en continuant d’écrire et de soutenir des publications. La vigilance policière et les changements de la politique de cour rendent l’athéisme affiché risqué, mais sa maison demeure un lieu de rencontre discret.
Il meurt à Paris peu avant que les États généraux et la prise de la Bastille ne transforment la politique française. S’il ne voit pas la Révolution, son matérialisme anticlérical façonne les critiques les plus radicales de l’Ancien Régime.
