En bref
Virtuose révolutionnaire du ballet, ses sauts défiant la gravité et sa chorégraphie audacieuse ont bouleversé la danse moderne avant que la maladie ne le réduise au silence.
Sujets de conversation
Parcours de vie
Né de danseurs polonais, Tomasz Nijinski et Eleonora Bereda, tous deux artistes en tournée. Son enfance se déroule au milieu des théâtres et des voyages à travers l’Empire russe, façonnant une vie tournée vers la scène.
Il s’inscrit à l’École impériale de ballet, prestigieux centre de formation lié au Théâtre Mariinsky. Les cours quotidiens rigoureux et la discipline de la scène affinent sa musicalité, ses lignes et son élévation extraordinaire.
En fin de cursus, il commence à paraître dans des productions des Théâtres impériaux et attire l’attention par des sauts exceptionnellement hauts et des tours précis. Professeurs et mécènes remarquent son magnétisme, même dans de petits rôles.
Il est engagé par le Théâtre Mariinsky et accède rapidement à des rôles importants plutôt que de rester dans le corps de ballet. Les critiques soulignent son ballon et ses poses sculpturales, rares dans la technique masculine de l’époque.
Serge Diaghilev l’emmène à Paris pour la première saison des Ballets Russes, où le public adopte un nouveau style russe de danse et de décors. Ses prestations en font du jour au lendemain une sensation internationale.
Il crée un rôle devenu célèbre dans « Shéhérazade » de Michel Fokine, au milieu des décors somptueux de Léon Bakst et sur la musique de Rimski-Korsakov. L’intensité érotique de la production et son attaque dramatique choquent et enthousiasment Paris.
Il tient le premier rôle de « Pétrouchka » d’Igor Stravinsky, chorégraphié par Michel Fokine, incarnant l’angoisse de la marionnette avec un mime et un phrasé saisissants. Le rôle devient l’emblème d’une profondeur psychologique nouvelle dans l’art d’interpréter au ballet.
Il présente sa première grande chorégraphie, « L’Après-midi d’un faune », sur la musique de Claude Debussy. Les mouvements aplatis, proches d’une frise, et la fin sensuelle provoquent un scandale, annonçant une esthétique moderne radicale.
Il chorégraphie « Le Sacre du printemps » sur la partition martelée de Stravinsky, avec des décors de Nicolas Roerich, mettant en scène des mouvements de groupe primitifs et des angles abrupts. À la première, des cris et des bagarres éclatent, et il compte les temps en coulisses.
Lors d’une tournée en Amérique du Sud, il épouse l’aristocrate hongroise Romola de Pulszky après une brève cour. Diaghilev, se sentant trahi, le renvoie des Ballets Russes, rompant brutalement avec sa principale tribune.
Au début de la guerre, il se trouve en Autriche-Hongrie et, en tant que sujet russe, est considéré comme ressortissant ennemi. Les autorités limitent ses déplacements, interrompant ses engagements et aggravant la pression financière et émotionnelle sur sa famille.
Il rejoint de nouveau la compagnie de Diaghilev et part en tournée aux États-Unis, dansant devant des salles combles tandis que les tensions persistent en coulisses. Les longs trajets, la pression des représentations et l’instabilité interne de la troupe aggravent sa santé mentale.
Il donne une ultime prestation, dérangeante, souvent décrite comme une « danse de la guerre », s’éloignant de l’exposition virtuose du ballet traditionnel. Des témoins évoquent une intensité presque prophétique, alors que l’Europe demeure engloutie dans le conflit.
Au début de 1919, il subit une grave crise ; peu après, les médecins diagnostiquent une schizophrénie. Il rédige des journaux mêlant visions spirituelles et détresse, tandis que son épouse Romola sollicite des spécialistes renommés pour l’aider.
Il passe une grande partie des années 1920 et 1930 dans des cliniques et des sanatoriums, souvent sous étroite surveillance. Les traitements varient selon les lieux et les époques, et son activité artistique cesse presque entièrement malgré une fascination publique persistante.
Alors que l’Europe se déstabilise, sa famille se réfugie dans des zones plus sûres, tandis que son état exige des soins constants. Les années de guerre renforcent l’isolement et limitent l’accès à des traitements réguliers ainsi qu’à des cercles artistiques de soutien.
Après la guerre, il vit en Angleterre sous la supervision de Romola, loin de la vie de tournée qui avait façonné sa célébrité. Rarement vu en public, sa légende grandit pourtant parmi les danseurs et les historiens du modernisme.
Il meurt après une longue lutte contre une grave maladie mentale, loin des scènes parisiennes où il avait transformé le ballet. Les hommages soulignent à la fois sa virtuosité inégalée et la tragédie d’une carrière brisée trop tôt.
