En bref
Satiriste victorien au mordant redoutable, il a mis à nu l’ambition sociale et l’hypocrisie par des romans spirituels, empathiques et d’une observation aiguë.
Sujets de conversation
Parcours de vie
Il naît à Calcutta, fils de Richmond Thackeray, fonctionnaire de la Compagnie des Indes orientales, et d’Anne Becher. Son enfance dans l’Inde britannique lui donne une conscience durable de l’empire, du déracinement et des hiérarchies sociales.
Son père, Richmond Thackeray, meurt à Calcutta, bouleversant la sécurité et les projets familiaux. Cette perte le hante et nourrit les accents élégiaques qui affleurent sous sa comédie et sa satire.
Comme beaucoup d’enfants anglo-indiens, il est expédié en Grande-Bretagne pour y recevoir une éducation loin de son lieu de naissance. La séparation brutale d’avec l’Inde et sa famille façonne sa compassion pour les marginaux et les orphelins dans la fiction.
À Charterhouse, il découvre la dure loi du rang dans la vie des grandes écoles anglaises. Ces expériences reparaîtront plus tard dans ses portraits du snobisme, du harcèlement et de la formation des gentlemen.
Il fréquente le Trinity College de Cambridge sans obtenir de diplôme, s’orientant peu à peu vers les lettres plutôt que vers une profession. Les rencontres et les lectures de Cambridge nourrissent son ambition d’écrivain et de satiriste des mœurs.
Il passe un temps formateur à Paris et dans d’autres villes européennes, s’imprégnant de culture française et de caricature. Son coup de crayon et son sens de la mise en scène sociale renforceront plus tard ses scènes comiques et sa voix narrative.
Une fortune héritée fond à cause de mauvais placements et d’un goût pour la vie mondaine, dans une époque de booms et de krachs. L’épreuve aiguise sa méfiance envers la prétention et les réussites trop faciles.
Il épouse Isabella Shawe lors d’une cérémonie à Londres et goûte brièvement à une stabilité domestique. Le mariage, d’abord heureux, subit bientôt une épreuve immense qui marque profondément son œuvre et sa vie privée.
Il se tourne vers la presse périodique, livrant satires, critiques et esquisses à une presse londonienne en plein essor. La nouvelle culture des magazines récompense son esprit et l’entraîne aux techniques du récit feuilletonné.
Après la naissance de leurs enfants et une détresse croissante, Isabella subit une grave décompensation et ne peut plus mener une vie conjugale normale. Thackeray devient de fait un parent seul, s’appuyant sur des proches et des soins rémunérés.
En écrivant pour Punch et des titres voisins, il façonne un mélange singulier d’ironie et d’examen moral. Le lectorat et les orientations politiques du magazine lui offrent une tribune pour railler les vices à la mode et l’hypocrisie compassée.
Il publie le récit picaresque de Barry Lyndon, opportuniste séduisant qui se raconte avec une justification perfide. L’anti-héros et l’ascension sociale annoncent sa critique la plus incisive du rang et de la vanité.
« La Foire aux vanités » paraît en feuilleton, introduisant Becky Sharp et une vaste fresque des ambitions de la Régence et de l’époque victorienne. Le succès le place en rival majeur de Dickens dans l’attention du public et les débats critiques.
Le roman achevé paraît en livre, consolidant sa réputation de maître de la satire sociale. Les lecteurs saluent sa franchise sans illusion sur l’argent, le mariage et la réputation dans la vie britannique.
« L’Histoire de Pendennis » élargit son champ à l’éducation, au journalisme et à la formation d’un écrivain dans la société londonienne. Il y puise dans ses souvenirs de Charterhouse et dans le monde des périodiques qu’il connaît de l’intérieur.
Il parcourt le pays avec des conférences ensuite réunies sous le titre « Les humoristes anglais du XVIIIe siècle », mêlant critique et performance. Le projet le révèle en intellectuel public et en conteur puissant sur scène.
Il publie « Henry Esmond », situé au début du XVIIIe siècle et écrit dans un pastiche raffiné de la prose d’époque. La complexité morale du roman et son sentiment d’amour perdu montrent une ampleur qui dépasse la satire contemporaine.
Candidat libéral, il est battu, acquérant une expérience directe du théâtre électoral et de l’opinion publique. La campagne confirme son scepticisme face au rang, à la rhétorique et à la marchandisation des principes.
Il prend la direction de « The Cornhill Magazine », l’un des mensuels les plus prestigieux de Grande-Bretagne, en fixant son ton et en encadrant ses contributeurs. Ce rôle accroît son influence tout en ajoutant la pression de maintenir popularité et exigence.
Il meurt soudainement à son domicile londonien après des années de travail éprouvant et de problèmes de santé récurrents. Il est enterré au cimetière de Kensal Green, et demeure connu pour une satire incisive tempérée par un jugement moral profondément humain.
