En bref
Romancier et lépidoptériste brillant, bilingue, qui a fusionné le jeu linguistique, les souvenirs de l’exil et une ironie morale au cœur de la littérature moderne.
Sujets de conversation
Parcours de vie
Né de Vladimir Dmitrievitch Nabokov et d’Elena Rukavichnikova, dans la Russie impériale, au sein d’un milieu aisé et traversé par les débats politiques. Son foyer mêlait culture russe et solide formation en anglais et en français grâce à des précepteurs et gouvernantes.
Il commence ses études à l’école Tenichev, réputée pour son enseignement progressiste et son programme cosmopolite. Il écrit ses premiers poèmes et récits tout en approfondissant sa passion pour les papillons lors d’excursions et durant les étés hors de la ville.
Il publie à compte d’auteur son premier livre de poèmes, révélant une maîtrise précoce de la forme et de l’imagerie. La même année, il hérite du domaine de Vyra, refuge de jardins et de forêts qui nourrira plus tard ses souvenirs minutieux de la vie d’avant la révolution.
Les révolutions de février et d’octobre bouleversent la position et la sécurité de la famille Nabokov, les contraignant à quitter la Russie. Le déplacement et la perte deviennent des thèmes durables, ensuite transfigurés en une remémoration artistique plutôt qu’en simple nostalgie.
Après un passage par la Crimée et d’autres pays, la famille s’établit en Angleterre comme réfugiée du régime bolchevique. Au Trinity College de Cambridge, il étudie les langues modernes et médiévales, affinant une précision trilingue qui marquera sa prose.
Son père est abattu en protégeant Pavel Milioukov lors d’une conférence publique, épisode sombre des troubles politiques de l’émigration. Ce meurtre devient une blessure intime et un repère moral, aiguisant son mépris pour l’extrémisme et la coercition.
Il commence à publier des poèmes et des nouvelles en russe dans des périodiques d’émigrés, signant souvent « V. Sirin ». Dans la diaspora berlinoise, il se forge une réputation de style éblouissant et de structure complexe malgré une situation financière précaire.
Il épouse Véra Slonim, qui devient sa plus proche collaboratrice, dactylographe, protectrice et première lectrice. Leur alliance stabilise son travail, Véra sauvegardant les manuscrits et gérant les aspects pratiques pendant des décennies de bouleversements.
Parution de « Mary » (Mashenka), son premier roman, qui capte la nostalgie de l’émigration et la douceur traîtresse de la mémoire. Le livre révèle son talent pour le détail lyrique et l’ironie psychologique dans la scène littéraire russe de l’exil.
Leur unique enfant, Dmitri, naît tandis que l’Europe glisse vers une nouvelle catastrophe. Il deviendra plus tard le traducteur et l’exécuteur littéraire de son père, contribuant à faire connaître les œuvres russes et les manuscrits tardifs à un public international.
Face à l’intensification des persécutions antisémites et parce que Véra est juive, la famille quitte Berlin pour se mettre à l’abri. En France, il poursuit son travail et envisage de nouvelles possibilités en anglais, tandis que l’ombre de la guerre rétrécit les options des émigrés.
Fuyant l’Europe occupée, les Nabokov gagnent l’Amérique par bateau et recommencent une vie à zéro. Il se tourne de plus en plus vers l’anglais, donne des cours et écrit tout en conservant une discipline rigoureuse, à la fois artistique et scientifique, dans la collecte et l’étude.
Il travaille sur des collections et des recherches sur les papillons, en lien avec le Museum of Comparative Zoology de l’université Harvard. Sa taxinomie soigneuse et ses observations manifestent la même sensibilité aux motifs qui alimente l’architecture de ses fictions.
Nabokov enseigne à Cornell et donne des cours devenus célèbres par leurs exigences et leur clarté presque théâtrale. Ses leçons sur des auteurs tels que Gogol et Kafka forment toute une génération d’étudiants et nourrissent ensuite sa critique publiée.
« Lolita » paraît d’abord chez Olympia Press et suscite rapidement interdictions et indignation morale dans de nombreux pays. Nabokov insiste sur sa structure artistique et éthique, recourant au narrateur non fiable et à l’ironie pour dénoncer la prédation plutôt que l’excuser.
Lorsque « Lolita » est publié aux États-Unis, il devient un best-seller et transforme du jour au lendemain son image publique. Les revenus lui permettent d’abandonner l’enseignement à plein temps et de se consacrer à des romans tardifs ambitieux, construits comme des énigmes complexes.
Il s’installe au Montreux Palace Hotel, choisissant la stabilité, l’intimité et la proximité des archives et paysages européens. Il y compose notamment « Feu pâle » et « Ada », mêlant parodie savante et intensité émotionnelle.
Il retravaille ses mémoires pour en faire « Parle, mémoire », leçon magistrale de remémoration fondée sur une sélection artistique et une exactitude du détail. L’ouvrage cartographie l’enfance, l’exil et l’art d’écrire, présentant la mémoire comme une matière à la fois trompeuse et disciplinée.
Nabokov meurt en Suisse après un déclin de santé, laissant des projets inachevés et des papiers méticuleusement organisés. Véra et Dmitri supervisent son héritage, guidant traductions, éditions et débats qui prolongent son influence dans le monde entier.
